Génie conscient ou imaginaire des écrivains.

Génie conscient ou imaginaire des écrivains.

Tout le second degré dans Bovary, l’ironie dans  Candide, les soupirs de Shakespeare etc… On a tous eu des professeurs qui nous ont rempli les oreilles de ces choses qu’on recrache quelque part en espérant qu’un interlocuteur quelconque croie que c’était notre idée. J’ai tort ?

Et on en rajoute : d’une déduction à une autre, à chaque fois de plus en plus loufoque, le texte se transforme en un ouvrage « profond » et « classique ».

Mais est-ce que l’auteur a vraiment pensé à tout cela ?  Nous pourrions gager sans grand risque que non. Le pire c’est que ce n’est même pas un secret. L’auteur est un « génie », et c’est son « subconscient » qui l’a trouvé. Des génies malgré eux en somme. Et bien bravo. Non seulement nous avons des génies qui écrivent mais en plus il en existe d’autres, d’un autre type, pour traduire ce que les premiers étaient incapables de comprendre eux-mêmes.

Doit-on dire que Shakespeare est un schizophrène, à la fois meurtrier, poète et dragueur juste parce que ses écrits en regorgent ? Que Victor Hugo s’est sacrifié sur les barricades, préférant donner son corps rendu chétif par la faim pour sauver la patrie du joug de Napoléon « Le Petit » ? Que Flaubert voulait être une femme infidèle (« Madame Bovary c’est moi ! ») ? Non ? Alors comment est-ce que toutes ces sages personnes savent quelles interprétations sont valables et lesquelles sont ridicules ? (PS : ce procédé s’appelle une « accumulation » de questions rhétoriques. Elles servent à mieux convaincre en affrontant de façon violente, et ici avec de l’ironie, une opinion. C’est assez glaçant dit comme ça, non ? Où est passé le charme de l’analyse ? Et voilà le retour des questions rhétoriques. Oups.)

J’aimerais souligner que je ne condamne pas cette pratique ; plus ou moins tout le monde le fait et si cela amuse tant mieux ! Le problème  n’est pas que l’on cherche comment cela fonctionne mais plutôt qu’ensuite un tiers écrive un manuel dessus pour le publier comme la bible définitive du mécanicien littéraire. Ne devrait-il pas y avoir autant de lectures que de lecteurs ?

Les auteurs ne constituent pas leurs livres de procédés stylistiques mais de sentiments et d’idées qui nous font aimer ou détester une œuvre. S’ils créent une idéologie aux messages cachés, ils auront peut-être un prix, mais pas de vrais lecteurs ; s’ils nous convainquent par leurs histoires, leurs personnages, et leurs émotions, ils seront grands. Les sentiments et l’intrigue ne sont-ils pas plus intéressants que le symbolisme de la couleur de la robe de machin dans le chapitre 36 ?

Le subconscient a son mot à dire mais n’oublions pas qu’au mieux une analyse est possible et qu’au pire elle ne tient pas. Elle ne doit jamais être considérée comme la raison d’être d’une œuvre, mais juste comme l’arrière-goût, à chaque fois surprenant, d’un plat dont on reprend sans cesse. C’est tout au plus une hypothèse, mais pas une chaise. Admirez-la, mais n’essayez pas de vous asseoir dessus. Humble avis d’un non-littéraire.

 

Mathias Baum

 

 

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